Entretien : Jordan Adeoti « La nouvelle génération des Ecureuils est de grande qualité »

Premier béninois à remporter le titre de champion en National 1 française, Jordan Adeoti (33 ans) sort d’une saison accomplie à Laval. Promu en Ligue 2, le milieu défensif apparu 30 reprises cette saison savoure ce premier titre de sa carrière.  La trentaine passée avec lucidité , le milieu international béninois analyse sa saison chez les mayennais où il a effectué son retour l’été dernier , son parcours , les moments clés du titre et la sélection béninoise. Entretien.

A 33 ans , vous remportez un premier titre en National 1 , c’est trop tard ou vous en profitez comme si vous aviez 18 ans…

Je suis très content de ce titre même à 33 ans. Comme on dit, mieux vaut tard que jamais. J’ai quand même eu la chance d’évoluer aussi dans l’élite du football français en Ligue 1  et Ligue 2. C’était peut-être compliqué d’avoir des titres. Je suis ravi de connaître mon premier titre à 33 ans. Je suis très heureux de retrouver le monde professionnel avec ce titre de champion et le Stade Lavallois. J’en profite parce que ce sont des moments de joie qu’on savoure à n’importe quel moment.

Relégué depuis cinq ans , Laval était 12ème la saison dernière, la remontée n’était pas prévisible, à l’intérieur du groupe , le déclic est arrivé comment ?

Le déclic est arrivé très tôt. Même malgré les mauvais résultats. On voyait qu’on faisait des choses interessantes. La vie de groupe et l’état d’esprit étaient exceptionnels dès le début. Malgré les quatre premiers matches qu’on avait pas gagné. Dès qu’on a réussi ce déclic contre Cholet, la première victoire. On a pu mettre les choses en place , développer notre football. L’état d’esprit qu’on avait déjà a  fait que cela a marché. On a pu remonter petit à petit au classement, imposer des choses aux adversaires pour réussir cette remontée.

L’année dernière vous étiez à Annecy qui est monté aussi en Ligue 2, la N1 était l’échelon du foot français que vous n’aviez pas connu , comment jugez-vous ce championnat qui est à mi-chemin entre les pros et les amateurs que vous avez aussi connu ?

Le National 1 , c’est un championnat de qualité , il y a beaucoup de bons joueurs dans toutes les équipes, des joueurs très intéressants. Après je trouve que c’est souvent des joueurs qui manque de connaissances ou science tactique, c’est ça qui peut les bloquer pour aller au plus haut niveau. Mais si on arrive à leur insuffler cette notion tactique et les qualités intrinsèques de footballeur d’athlète qu’ils ont, ils ne sont pas parfois si différentes de certains joueurs au moins en Ligue 2. Ce sont des joueurs qui peuvent aller voir plus haut.

Vous  avez signé jusqu’en juin 2023 , rassurez nous , vous allez rester à Laval pour redécouvrir la Ligue 2 à nouveau ?

Dans le foot , on ne sait jamais ce qui peut se passer. On a pris le temps de savourer cette montée. Petit à petit on va se voir avec le coach  et les dirigeants pour savoir comment ça va se passer pour la suite de l’aventure. Mais à priori oui je serai Lavallois l’année prochaine. Pour moi ça ne fait aucun doute , je suis content d’être ici , de retrouver la Ligue 2 avec ce club que j’apprécie tant. Après une saison qui s’est quand même très bien passée pour moi au niveau personnel où j’ai été performant et on a pu monter donc il n’y a pas de raisons de partir pour le moment mais après ce sera les envies du coach et des dirigeants. Quel rôle j’aurai à jouer avec cette équipe en Ligue 2 , c’est des discussions qu’on doit avoir pour savoir si le projet convient toujours à tout le monde.

 « J’essaye de me projeter, de presser et récupérer des ballons plus haut. Mon rôle a évolué »

A l’été 2012, c’est Laval qui vous avez offert votre premier contrat pro alors que vous étiez à Colomiers , vous êtes revenus par devoir envers le club ?

Non ! Ce n’est pas le sentiment de devoir qui prédominait quand j’ai signé à Laval, c’est juste que José Ferreira et le président Lhery m’ont présenté le projet de montée avec ce qu’ils allaient mettre en place pour monter. Après je connaissais le club. Je savais quelle structure l’environnement du club était très bon. Je savais que ma famille pouvait s’y épanouir. Tous les aspects du projet convenaient à ce que je voulais à ce moment là. Je pensais que j’allais avoir du temps de jeu, que ma famille allait être bien surtout qu’on pourrait avec l’équipe qu’ils voulaient mettre en place jouer le haut de tableau en National 1. À partir du moment où tout était la pour m’épanouir je n’ai pas hésité à revenir à Laval avec cette envie de remettre le club en Ligue 2 parce que c’est le club qui m’a donné ma chance au niveau professionnel. C’est un bonheur un peu plus grand pour moi.

Est-ce que vous savez que vous qu’il vous reste neuf  matches pour aligner les 100 matches avec Laval, c’est un objectif que vous poursuivez ?

Non je savais pas combien de matches, il me reste pour atteindre les cents. Ce serait un beau chiffre à atteindre, le plus grand nombre de match que j’ai joué pour un club même à Colomiers en N2 je n’ai pas joué autant de matches. Ce serait quelque chose de très beau de pouvoir signer un centième match à Laval durant cette saison de Ligue 2.

Depuis plusieurs saisons maintenant, vous êtes stabilisé en milieu de terrain, parlez de ce poste après avoir été défenseur central et arrière droit même dans une autre vie..

J’ai la chance d’avoir connu beaucoup de postes dans ma carrière. J’ai commencé comme latéral en N2 à Colomiers avant de passer au milieu de terrain défensif , j’ai même joué milieu excentré pendant un moment. J’ai connaissance de beaucoup de postes. Je trouve que c’est une qualité parce que ça me permet de savoir les avantages et les inconvénients de chaque poste et ce que cela engendre pour mes coéquipiers. Parce que les efforts qu’ils font je les ai déjà fait. Cela montre aussi que j’ai une grande polyvalence, une grande connaissance tactique pour m’adapter à n’importe quel poste. Concernant le milieu de terrain, c’est un poste que j’aime beaucoup parce que c’est un poste vraiment central selon les tactiques et le jeu on peut te demander de faire le jeu, de récupérer le ballon ou de te projeter, de protéger ta défense . C’est un poste touche à tout qui englobe toutes les qualités modernes du footballeur. On peut être la passe, à la conclusion. Même si je n’ai malheureusement pas marqué cette saison.

Le poste ou le rôle que vous avez désormais en club a beaucoup évolué ?

Oui , il a évolué par rapport à la dernière fois où j’étais venu. J’étais le petit jeune qui venait de N2 qui découvrait le monde pro. Aujourd’hui dans l’équipe je suis un des joueurs qui a le plus d’expérience au niveau professionnel. Je suis vice-capitaine derrière Jimmy Roye. Je fais partie des cadres de cette équipe cette année. Même sur le terrain il a évolué où je suis moins à la base du jeu, j’essaye de me projeter , de presser et de récupérer des ballons haut. Il y a quelques années quand j’étais à Laval, c’était moi la sentinelle basse , aujourd’hui j’ai un rôle différent que j’apprécie énormément.

 «Ma participation aux matches de juin est compromise »

Pour finir, vous étiez absent avec les Ecureuils en mars , mais en juin il y’a une nouvelle campagne éliminatoire qui débute avec un gros match contre le Sénégal, refaire une Can est forcément dans votre tête ?

J’étais absent en mars mais c’était une décision commune prise avec Moussa Latoundji. Je jouais la montée vu que c’était des matches amicaux , ça permettait à la fois de mon côté de pourvoir jouer la montée avec mon club de façon sereine et à Latoundji de pouvoir essayer de nouveaux joueurs au milieu qui se sont super bien débrouillés en Turquie. La Can est bien sûre dans un gros coin de ma tête. Je rêve de faire celle à Abidjan. Ma participation à juin sera compromise parce que j’ai une petite fille qui arrive et je ne pourrai pas laisser ma compagne seule avec mes trois enfants. Je risque de louper encore les deux premières journées de qualifications mais j’abandonnerai jamais la sélection. J’espère que dès septembre pour la réception et le déplacement au Rwanda , je pourrai postuler de nouveau à la sélection nationale, encadrer ces jeune talents comme Mickael Poté et Khaled Adenon nous encadré nous.

Vous avez une dizaine d’années avec les Ecureuils ou vous êtes plus sur la fin, que pensez-vous de la nouvelle génération qui arrive progressivement autour de vous dans cette équipe?

Je trouve que la nouvelle génération est de grande qualité. Junior Olaitan le montre et commence à jouer à Niort et j’espère que la saison prochaine il fera une bonne saison en ligue 2 pour montrer tout son talent. Mattéo Ahlinvi n’a pas eu la saison qu’il souhaitait à Dijon mais on l’a vu depuis qu’il nous a rejoint ou ces derniers temps où il jouait plus qu’il a énormément de qualités au milieu. Sa percussion , son touché de balle etc. J’ai hâte aussi de voir Tosin Aiyegun qui fait un super travail en suisse , qui a été champion et qui a bien pris ces marques au dernier rassemblement. Tous les jeunes joueurs qui jouent au Bénin qui nous rejoignent parfois en sélection parfois juste pour les entraînements qui montrent aussi beaucoup de qualités. Encore une fois, si on arrive à créer cette alchimie entre l’expérience que peuvent avoir les anciens entourés de jeunes on peut faire de belles choses. Déjà être présent à cette Can en Côte d’Ivoire et rêver d’un futur.

Entretien réalisé par Géraud Viwami

Author: Geraud V.

Rédacteur en chef ! Passionné de foot un peu trop attaché aux Écureuils du Benin. @GerovinhoV

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