Centre de formation de football : Tanéka, 14 ans après, état des lieux….

 

Nabil Yarou, international junior,formé au centre Tanéka, défenseur central Aspac, champion 2012

 

Dans un univers où les « académies » pullulent, nous avons voulu jeter un œil critique sur une des plus en vue, située à 600 kilomètres au Nord-Ouest de Cotonou la capitale économique du Bénin. Le « Sport, études, arts et métiers » Tanékas fort de ses 14 ans d’existence doit sa renommée au partenariat fructueux et envié avec l’Aspac, le club portuaire double champion du béninois…

 

Enquête réalisée à Natitingou par Aubay

Une après-midi tranquille à Natitingou, la séance des moins de 15 ans tire à sa fin. Le jeu, sur la pelouse synthétique est un peu haché. On sent bien la rentrée, avec les hésitations, le manque de cohésion collective. A intervalles réguliers après des phases de jeu, le coach Antoine Abatan qui signe son retour cette année stoppe la partie et fait ses mises au point. 3 semaines après la rentrée scolaire, la rentrée sportive du Seam Tanéka débute… Remontant le temps.

Le carder organise un tournoi de jeunes, nous sommes en 1998 dans le département de l’Atacora. A l’issue de la compétition, le président Adrien Houandjinou suggère la mise en place d’une sélection des meilleurs talents. L’idée est acceptée, le centre Sport études, arts et métiers (Seam) Tanékas est né.

Une maison sur une hauteur de Natitingou, puis les locaux de la direction départementale des sports vont tour à tour héberger la première promotion. La dimension associative va perdre son sens au fil du temps, et seul Adrien Houandjinou, raconte son fils, aujourd’hui administrateur de l’académie, va prendre à cœur le développement du Centre.

 

Partenariat et relance de la formation

70 millions de francs Cfa (près de 110 mille euros) pour financer le centre. C’est à peu près la moitié de ce que coûtait le Cifas avant sa fermeture. Mais pour une association, cela reste un gros défi. « Qu’est-ce qu’on y gagne ? » demande l’administrateur du centre.

Deux partenaires, le port autonome de Cotonou et une société privée agro-alimentaire, permettent au Centre de tenir l’équilibre depuis quelques années. Nous évoquerons plus loin, le 3e partenaire, plutôt limité dans le temps, l’Etat béninois à travers le ministère des sports.

« Au moment où les enfants ont commencé à briller en D2 et ont été champions départementaux, nous avons eu des problèmes d’arbitrage qui nous ont recalés 3 fois de suite», rappelle l’administrateur du Centre. « C’est là où, voyant qu’il n’y avait pas d’équipe de D1 dans la région, nous avons été sollicités par l’Aspac alors en D2. Le premier contrat stipulait que 13 joueurs du centre iraient à l’Aspac contre un soutien financier annuel de 13 millions de francs Cfa. » L’Aspac n’est pas un sponsor, mais un partenaire, estime-t-il avant de préciser «Les joueurs sont considérés comme prêtés à l’Aspac. Chaque fois qu’il y a un joueur défaillant, on le remplace. Deux ou trois joueurs ont déjà été dans le même cas. Cela doit faire toujours faire 12 joueurs du Seam Tanéka chaque saison dans les rangs de l’Aspac. »

Les années sont passées, mais le Seam Tanéka n’a pu avoir une promotion aussi brillante que la première. Quelques joueurs talentueux font leur apparition de temps en temps, sans plus. Rodrigue Houandjinou dissèque : « c’est possible pour nous de placer nos joueurs venant de la D2 à l’Aspac malgré le niveau élevé du club portuaire. C’est le cas de Nabil Yarou qui s’est imposé en deux matches comme titulaire. Sur les 3 dernières années, on est restés un peu statiques. Cela n’a pas trop marché. Je pense que nous avons beaucoup regardé la D2, en trahissant un peu notre mission de formateur.»

Pour lui, l’ex-coach principal Akouess Amidou s’est un peu trop concentré sur l’équipe première sans vraiment coordonner la formation.

 

Partenariat avec le ministère des sports

18 jeunes laissés en rade cette année…

(18 millions par an, sur 3 ans)

Ces trois dernières années de statisme coïncident pourtant avec le partenariat initié par le ministère des sports. L’accord a été signé avec le ministre Etienne Kossi. Une sélection de 30 jeunes a été mise en place. A raison de 600.000 Francs Cfa (un peu moins de 1000 euros) de scolarité par an par jeune, le Seam Tanéka bénéficiait de quelques 18 millions de francs Cfa par an.

Deux problèmes se posent à ce niveau. Le ministère des sports en  initiant ce partenariat n’a pas pris les dispositions pour que le centre dispose d’un technicien d’un très bon niveau pour conduire le partenariat. Les quelques initiatives en la matière sont venues du promoteur Adrien Houandjinou qui a sollicité à plusieurs reprises l’ex-sélectionneur Edmé Codjo. Au niveau du ministère des sports, on s’est concentré sur des rapports plus administratifs que techniques.

Le deuxième problème est lié au premier. Dans un pays où on a une direction du sport d’élite, peut-on prétendre qu’en 3 ans on peut faire d’un jeune de 14 ans un footballeur déjà sur le marché ? Même les plus talentueux pris avant 14 ans on besoin de 5 ans, dans un environnement très  structuré pour éclore et s’affirmer. Le ministère des sports en tablant sur 3 ans n’a pas vraiment mûri sa stratégie. « Le partenariat devrait être renouvelé, mais nous avons écrit au ministère des sports, sans suite. Les enfants ont commencé à la veille de la rentrée à appeler. Maintenant, nous avons décidé de récupérer les meilleurs environ 12 qui sont revenus et sont là actuellement», explique Rodrigue Houandjinou. Les 18 autres ayant été priés de rentrer chez eux.

L’argent de l’Etat a servi un temps, mais n’atteindra pas le but visé. Et ce ne serait pas la première fois, car en 1999 déjà, le centre Sainte Luce des Tori avait connu un soutien financier sans une vraie coordination.

 

Le centre aujourd’hui

45 pensionnaires, 4 encadreurs

« Nous avons l’ambition cette année de redorer notre blason, et de nous distinguer dans chaque tournoi de catégorie d’âge organisé », lance Rodrigue Houandjinou. Ainsi, à l’issue de l’année scolaire 2011-2012, beaucoup de jeunes ont été remerciés pour insuffisance de résultat ou pour indiscipline. « Certains étaient juste des cas sociaux dont les parents se débarrassaient en nous les envoyant au Centre.» Durant les détections, à Cotonou, 15 nouveaux jeunes ont été repérés, 8 seront retenus. A Parakou, 6 jeunes sont recrutés par le centre. 31 anciens de l’année précédente sont restés.

Le départ d’Akouess Amidou a changé la donne au niveau du centre. Les deux parties se reprochent des choses. Cette séparation reste « le plus gros transfert » de cette année dans le monde des académies. Les choses ont donc été réorganisées au niveau du Seam Tanéka. On observe le retour d’Antoine Abatan au niveau des moins de 15 ans, de façon ponctuelle. L’ex-capitaine et très talentueux milieu de terrain des Requins de la fin des années 1980, Combiéni Elie hérite des moins de 17 ans et de l’équipe de D2.

Deux autres encadreurs, l’ivoirien Alain Digbeu et le béninois Togo Yari Emmanuel (U13) sont les deux autres membres permanents de l’encadrement du Centre.

 

Equipe D2 et formation, la quête de l’équilibre

Le recours fait à Abatan à qui les moins de 15 ans ont été confiés est jugé comme très important. « Il est un formateur avec lequel on a déjà travaillé. Il revenu avec nous pour former les jeunes. Aujourd’hui, nous comptons 200 centres de formation au Bénin (Ndlr : initiatives de formation) et pour nous, il est question d’être présent à chaque tournoi. En dehors des U13, U15 et U17, deux pôles de formation ont été lancés à Tanguiéta et Djougou. Ces deux pôles fonctionnent comme des clubs de quartiers entraînés sur les horaires libres du programme scolaire. Le but étant, explique Rodrigue Houandjinou, de récupérer les meilleurs des ces pôles dans les catégories du centre.

 

Au-delà de l’Aspac, quel rayonnement pour le centre ?

Cette histoire est typiquement béninoise et reflète le niveau réel de la formation des jeunes footballeurs dans le pays. En 14 ans, quel joueur passé par le centre a pu s’engager en Europe ? Aucun. C’est ça la différence entre un centre dit de référence au Bénin, et qui reçoit des fonds public, et un centre d’un autre pays ouest-africain quel qu’il soit. Mouftaou Adou a bien failli signer en Autriche puis s’est cherché en Suède avant de revenir à Gagnoa en Côte d’Ivoire cette saison pour se relancer…C’est le seul. Pour le reste, le bout du tunnel est long, même si Nabil Yarou et Saturnin Allagbé actuellement titulaires en équipe nationale juniors et doublures chez les A ont des chances de s’expatrier un jour…William Dassagaté parti à l’Asec la saison dernière n’aura fait qu’un tour. Les fruits n’ayant pas tenu la promesse des fleurs, le milieu de terrain est revenu au pays, sans solution, remercié par le club abidjanais.

 

 

Encadré

En savoir plus…

1999 vainqueur coupe Abimbola

2001 stage de perfectionnement en France

Victoires sur équipe des 15 ans de Lyon 2-0

U15 de Relieux-la-Pape 5-0

U17 de Relieux-la-Pape 2-1

2002 et 2004 Championne de la Division2 régionale/ 3e de la D2 nationale

2005 Recrutement de 15 joueurs par l’Aspac

2006 Mondial Saint Pierre à Nantes (France)

5e sur 24 centres de formation

2006 Vainqueur U15 Tournoi international des académies de football de Cotonou

2007 Vainqueur de la coupe filière Coton

2007-2008 Championne de la ligue Donga

Août-Sep. 2008 : demi-finaliste tournoi des centres de formation Afrique de l’Ouest U18 à Niamey, Niger

Sep-Oct 2008 : 8 joueurs (Aspac) en sélections nationales

1 en équipe Espoir ; 2 en équipe U20 ; 5 en équipe U17