Crises répétées dans le football béninois : L’argent public comme cause d’un conflit permanent

La bataille engagée autour du football depuis 10 ans a pris d’autres allures depuis 2 ans au niveau de la Fbf. L’une des raisons principales de cette tension reste les caisses de l’Etat entièrement trop ouvertes pour le foot. La crise qui touche à sa fin reste un argument qui peut amener l’Etat à changer de cap.

 

Aubay

 

Moucharafou Anjorin a évincé Martin Adjagodo en 2005 puis ses alliés Bruno et Quentin Didavi en 2009. Il ira ensuite les chercher en 2010 pour combattre Sébastien Adjavon et le « sortir du football » selon l’expression consacrée. Tout ce remue-ménage autour du football n’est pourtant pas anodin. Premier élément : septembre 2002. Le Bénin joue contre la Tanzanie pour les éliminatoires de la Can Tunisie 2004. Le stade de l’Amitié est en rénovation, le stade René Pleven a été choisi pour abriter la victoire 4-0 des Ecureuils. Martin Adjagodo rapportera à des témoins plus tard, que le président de la république du moment, Mathieu Kérékou inspiré par cette victoire, donnera carte blanche au ministère des sports pour disposer des fonds nécessaires pour faire grandir la sélection nationale. Le Bénin avec quelques 1 milliard 300 millions de francs Cfa (2 millions d’euros) va se hisser en coupe d’Afrique des nations 2004. Une première après 43 ans d’indépendance. L’argent de l’Etat circule désormais en abondance dans le foot, et cela attise les convoitises. Moucharafou Anjorin va peu à peu constituer son clan à l’intérieur de la fédération. En 2005, au retour du mondial des moins de 20 ans aux Pays-Bas, il réussit à avoir le soutien du ministère des sports pour évincer Martin Adjagodo. Seul aux commandes, Moucharafou Anjorin va se faire ami avec chaque ministre des sports qui passe afin de bénéficier de budgets conséquents de la part de l’Etat. Des rubriques comme la « préparation psychologique » ou encore achats de billets d’avion vont apparaître en bonne place dans les budgets des matches.

 

 

 

L’Etat se ruine pour des matches, le secteur privé en retrait

 

L’argent de l’Etat fait qu’à chaque match, les clans se forment et se reforment, les divisions naissent et se calment ou pas. Seulement voilà, le discours et les actes de Victorien Attolou soutenu par le milliardaire Sébastien Adjavon, président du patronat dérangent. Le rêve de créer une autre économie du football, avec des clubs viables économiquement et des compétitions nationales mieux organisées et sponsorisées par de grandes marques, n’est pas du goût de tout le monde. Le système a peur que l’Etat ne sorte plus autant d’argent qu’avant, car l’argent des sponsors ne peut être dévié de sa trajectoire si facilement. L’affaire Mtn qui a valu à Moucharafou Anjorin 5 mois de prison en 2011 est un puissant indicateur. Là est la vraie raison de la bataille autour de la fédération béninoise de football. Le combat de deux systèmes, l’un bien établi, et l’autre en cours d’établissement. Le premier ruine l’Etat avec des complicités internes, le second se veut très peu dépendant des fonds publics. Les fonctionnaires se posent des questions, et avec eux, ceux qui au sein de la fédération ont tissé des liens. Tous agitent donc la menace Fifa au mépris de la justice béninoise.

 

L’Etat face à cette bataille, ou cette pagaille, devrait se poser désormais les vraies questions. 2 milliards dans le football chaque année et pas d’infrastructure sérieuse ? Pourquoi participer à des compétitions sans une vraie politique de formation ?

 

Un pays pauvre ne peut continuer à se ruiner comme ça pour des groupes se prévalant du soutien d’une puissance internationale comme la Fifa.