Entretien exclusif : Steve Mounié « Nous avions rassemblé un peuple entier, c’était beau. »

La trêve forcée à cause du coronavirus, son début de saison, le football anglais, la Can 2019, son nouveau statut en sélection nationale, David Wagner et le mercato, l’attaquant d’Huddersfield Steve Mounié (25 ans, 23 matches, 8 buts s’est livré sans langue de bois. Après plus  de deux mois sans football, l’attaquant d’Huddersfield nous a accordé un entretien exclusif. Contenu.

 

Qu’est-ce qui vous manque le plus en ce moment ?

Ce qui me manque le plus actuellement c’est ma liberté de voir ma famille, mes amis, voyager. Je pense que c’est la chose qui me manque énormément.  C’est la chose la plus difficile pour tout le monde dans ce confinement. On n’a plus la liberté de faire quoi que ce soit et c’est vraiment compliqué

Quelles sont les dernières informations que vous avez concernant la reprise ?

Nous sommes censés reprendre les entraînements le 18 mai et les matches en juin. Mais cela est toujours en fonction des annonces du gouvernement. Il y a quelques jours, le premier ministre Boris Johnson a fait une annonce et franchement je n’ai pas trop compris. Je n’en sais strictement rien. C’est vraiment pesant. Nous sommes dans le flou entre deux chaises. On attend peut-être quelque chose qui n’arrivera jamais. C’est encore plus difficile.

Avant l’arrêt de la saison le 7 mars, vous étiez sur une série de huit buts sur les neuf derniers matches, après un début de saison compliquée la crise a quasiment coupé votre élan…

C’est vrai que depuis décembre, je revenais. J’ai réussi à marquer pas mal de buts sur une période très courte. J’ai eu la chance d’avoir du temps de jeu et j’ai prouvé que je n’étais pas fait pour le banc de touche. Si on m’utilise, je peux être efficace. J’ai fait mon boulot qui était de marquer des buts. En tant qu’attaquant, je sais que je marquerai toujours. A partir du moment où je suis sur le terrain, je sais que je peux marquer. J’ai été traité d’une certaine façon en début de saison mais j’ai gardé le cap pour montrer ma vraie valeur. C’est dommage que le corona soit venu. J’espérais passer la barre des dix buts avec un ratio but par match incroyable. J’ai mis huit buts en 9 titularisations, c’est déjà bien.

« La Premiere League, c’est le must, même en Championship, notre stade à Huddersfield fait 20 mille spectateurs tous les week-end et ça chante ! »

 

Après deux saisons en Premiere League, comment jugez-vous la Championship…

Les deux saisons en Premiere League étaient exceptionnelles même si la deuxième a été très compliquée. Aussi bien sur le plan mental que collectif et sportivement. Heureusement j’ai eu la Can pour remonter un peu tout cela. Je n’ai pas non plus fait un tournoi exceptionnel. C’est aussi parce que la saison a été compliquée mentalement. Par contre, la première saison était incroyable, le niveau de la PL, on le voit à la télé mais on ne s’en rend pas compte, c’est très élevé. Quand j’arrivais en équipe nationale après, je me sentais plus à l’aise que quand j’étais à Montpellier ou à Nîmes. Cela marque vraiment l’intensité qu’il peut avoir et ça aide pour la sélection. Je dirai que c’est le meilleur championnat du monde. Après la Championship, c’est un ton en dessous. Il y a plus d’espaces, les défenseurs font plus d’erreurs. Il y a plus de facilités à marquer des buts qu’en PL. Des fois en PL, je faisais des matches entier sans avoir tiré une fois au but. J’étais dans une « petite » équipe mais ça pouvait arriver de faire un match sans frapper une seule fois au but. Je n’étais pas le seul attaquant dans ce cas. En Championship, les occasions, elles viennent.

…Et le foot anglais en général après la France ?

C’est un football de passionné, les fans, les stades remplis, ça donne des frissons. Quand on rêve de jouer au foot en étant petit, c’est ce que je vis en Angleterre. Les belles pelouses, les stades pleins, les chants, franchement là même le fait d’en parler j’en ai déjà des frissons. La PL, c’est le must, même en Championship, notre stade à Huddersfield on fait 20 mille spectateurs tous les week-end et ça chante.

D’ailleurs vous avez votre propre chanson auprès des  supporters des Terriers …

Quand ils sentent qu’un joueur se bat pour l’amour du maillot et réalise de bonnes performances, Ils n’hésitent pas à lui faire une chanson personnelle assez rapidement. J’ai eu la chance de bien démarrer à Huddersfield en pré saison ou début de saison pendant la première année, ça a fait que j’ai eu droit à une chanson très vite. Et à chaque fois que je marque un but jusqu’à ce jour ou que dès que je fais une action chaude sur le terrain, j’ai droit à ça. Et je vous assure que c’est des frissons quand j’entends tout le stade qui chante « Olé Olé Mounié ». Franchement c’est incroyable de vivre cette sensation. Je remercie les fans d’Huddersfield pour cela parce qu’ils m’ont fait vivre des frissons sur le terrain. Quand vous l’entendez dans le stade, vous avez envie de vous donner deux fois plus pour l’entendre encore

Et cette chanson a inspiré un rappeur béninois qui a composé un titre à votre honneur …

Tess Ridfa , c’est l’artiste en question. Il a fait cette chanson avec le clip qui va avec  pour la Coupe d’Afrique. Franchement quand j’ai vu le son arriver , je me suis dis : Whaouh ! Merci mon gars. Tu m’as fais honneur. La chanson, elle est top. Franchement, Tess Ridfa , il a géré.  Grand rappeur. Je suis en contact avec lui d’ailleurs , on se parle de temps en temps. Je sais qu’il est jeune, mais il a beaucoup de talents parce que la chanson, les paroles sont bien. Le clip qu’il a monté aussi n’est pas mal. Franchement ça m’a fait grave plaisir. En début de carrière comme ça entendre une chanson à son honneur, une chanson officielle enregistrée c’est un truc de fou ! Après c’est parce qu’on a réalisé quelque chose d’assez exceptionnelle. Cela faisait dix ans qu’on ne s’était pas qualifié pour la Can. C’est un peu comme une reconnaissance, on a vécu un moment historique et cette chanson aussi fait partie de l’histoire.

Vous aurez encore une année de contrat à la fin de saison, on parle d’un retour en France à Lens, après les rumeurs de Reims, Marseille et Nice dernièrement, vous envisagez vraiment un retour dans l’Hexagone ?

Je ne suis pas au courant de toutes ces rumeurs. J’ai vu celle de Lens sur Instagram. C’est mon agent qui gère ça. Après les deux dernières saisons à Huddersfield, c’est un sujet d’actualité. Nous verrons bien avec la crise actuelle, ce qui peut se faire ou pas.

Vous n’étiez pas loin de quitter le club l’été dernier ?

J’ai eu des contacts mais cela ne s’est pas fait pour X et Y raisons. Je suis heureux ici. Il me reste une année de contrat, les choses peuvent vite changer.

Quels clubs étaient intéressés ?

Des clubs de Premiere League et de Bundesliga en Allemagne.

 

« Avoir une fondation, c’est un projet que j’avais en tête depuis tout petit. C’est très important de rendre ce que la vie nous a donné »

 

Alors comment vous meublez vos journées, en cette période ?

Je fais du sport, il faut se maintenir. Je n’ai jamais été aussi bien physiquement. J’ai un summer body, je suis prêt pour la plage (rires).  Tous les jours à 17 heures, pendant le confinement, je jouais à Mario Kart sur Nitendo Swicth avec la famille. C’est un moyen de rester en contact avec eux. J’ai pu m’occuper de différents projets, d’accélérer certaines choses.

En parlant de ça, vous avez lancé votre fondation récemment dans quel but ?

J’ai créé la Fondation Steve Mounié en janvier 2020. Elle a réalisé sa première action en avril. Un don de matériels pour la lutte contre le coronavirus dans trois villes du Nord du Bénin, Parakou, Kouandé et Sinandé. Ce sont les villes dont mes parents sont originaires. C’était important pour moi de faire ce geste. C’est pour montrer que je pense à mes frères et je les soutiens pendant cette crise sanitaire qui touche le monde entier. Si je peux leur apporter un peu d’aide c’est avec grand plaisir. Avoir une fondation, c’est un projet que j’avais en tête depuis tout petit. Je voyais mes idoles, les grands joueurs africains réaliser ce genre de choses. Ils faisaient des fondations qui aidaient à leur façon le développement de leur pays. Je me suis dit un jour j’espère que j’aurai la possibilité de faire cela à mon tour au Bénin et aujourd’hui je peux le faire, je le fais avec plaisir. C’est très important de rendre ce que la vie nous a donné. Le projet va s’étendre sur plusieurs thématiques. D’abord, « L’eau pour tous » ensuite le recyclage des déchets plastiques, la culture. C’est important de promouvoir la culture béninoise à l’étranger mais aussi de la transmettre entre nous. Il faut garder notre identité. Le dernier thème sera consacré au sport. En 2021, on va essayer d’organiser un match de gala sur Parakou. Nous allons inviter des joueurs de l’équipe nationale mais j’espère aussi des amis qui évoluent en Europe et qui voudront bien venir. Ce serait vraiment cool de faire cela et récolter des fonds pour la fondation, réaliser des opérations dans la ville.

Vous semblez très lié à la ville de Parakou où vous êtes d’ailleurs né ?

C’est ma ville natale. Je suis né là-bas, donc forcément jusqu’à ma mort j’aurai un lien avec Parakou. C’est là où mes parents vivent. Mon oncle et grand-mère aussi. Elle y a son hôtel depuis quarante-cinq ans maintenant. Franchement, Parakou c’est toute l’histoire de la famille Mounié. On y est attaché. C’est chez nous. J’ai envie de faire des choses pour ma ville.

« Dans les tribunes, je vous jure que je n’ai même pas stressé, comme si je savais qu’on allait passer contre le Maroc »

 

Quand on vous dit Can Egypte 2019, vous pensez à quoi ?

Je pense à des moments inoubliables. C’était énorme. Nous avions réalisé quelque chose d’exceptionnelle. Même si je n’ai pas participé au match contre le Maroc, je me souviendrai toute ma vie de ça. Arriver en quarts de finale, on ne se rend pas compte mais nous avions réalisé quelque chose de dingue. Cela restera à jamais dans nos mémoires et celles des béninois aussi.  Nous avions rassemblé un peuple entier. C’était beau. J’ai encore des images qui défilent dans ma tête, des moments de joie quand nous sommes rentrés à Cotonou. C’était vraiment exceptionnel de voir tout le Bénin ensemble derrière nous, la patrie, l’amour du maillot. J’espère qu’on pourra refaire de telles performances pour revivre des moments pareils.

Comment avez-vous vécu ce match contre le Maroc en tribunes puisque vous étiez suspendu ?

Franchement sur ce match, je n’ai eu aucun stress bizarrement. Même sur le pénalty de Ziyech en fin de partie. Dans les tribunes, je vous jure que je n’ai même pas stressé, comme si je savais qu’on allait passer. C’était incroyable. Après c’était un peu dur parce que je n’ai pas pu aller dans le vestiaire comme j’étais suspendu. Je n’ai même pas pu être dans le vestiaire pour célébrer la victoire. Je devais attendre dehors sur le parking où on prenait notre bus. C’était vraiment difficile parce que je n’étais pas de la partie.  Sinon après c’était une joie immense, quand Mama Seibou a marqué le penalty de la qualification. C’était exceptionnel. Et Saturnin Allagbé qui nous a sorti des arrêts incroyables. C’était beau à vivre.

Depuis votre première sélection en 2015, votre statut a vraiment évolué chez les Ecureuils , maintenant vous êtes le choix numéro un au poste de numéro 9…

Je suis juste un joueur, un peu plus expérimenté, il y a des jeunes qui sont arrivés aussi. Je suis l’attaquant, je suis là pour marquer des buts, parfois me sacrifier pour l’équipe comme je l’ai fait à la Can. Mon rôle est simple parce que nous avons encore nos cadres qui sont là. Sèssegnon, Poté, Farnolle et Adénon, ils sont là pour nous montrer la voie.

Une dernière pour la route Wagner il attend quoi pour vous passer un coup fil pour débarquer à Schalke 04.

(Rires) Wagner est un grand coach, j’espère qu’un jour, je pourrai retravailler avec lui. Il m’a vraiment appris beaucoup de choses. Il a une idée du football différente de ce que j’avais pu voir avant. C’était ce que j’étais venu chercher en signant pour lui en 2017.  C’est pour lui que j’ai signé, son discours, la façon dont il voulait me faire jouer. Je sentais que j’allais progresser avec lui et ça été le cas. Même au plan statistique cela ne s’est pas vu aux yeux du monde je sais très bien que j’ai bien progressé. Wagner est un grand homme et si un jour il veut me reprendre ce sera avec plaisir.

Entretien réalisé par Géraud Viwami entre Lyon (France) et Huddersfield (Angleterre)