Causerie avec Nabil Djellit « il ne faut pas sous-estimer le Bénin »

Les Ecureuils entament ce jour à Paris le stage de préparation de la double confrontation face à l’Algérie comptant pour les qualifications de la Can Cameroun 2019 dont la première manche se joue à Blida vendredi prochain. Nous avons discuté avec un spécialiste des Fennecs, Nabil Djellit, notre confrère franco-algérien de France Football et consultant sur Canal + s’est prêté au jeu. Entretien.

 D’abord le nul 1-1 de l’Algérie en Gambie  le mois dernier a été digéré ou cela reflète le niveau actuel des Fennecs ?

Le match nul entre l’Algérie et la Gambie n’a pas été perçu comme une contre-performance absolue à cause des conditions du match que je ne vais pas vous rappeler. Puisque le match a commencé avec une heure et demie de retard due à des conditions structurelles pas au rendez-vous avec un public qui était sous la main courante. Des conditions difficiles pour jouer au football, des joueurs mis sous pression. Donc évidemment les algériens espéraient un résultat en Gambie mais cette équipe gambienne a aussi montré quelques qualités.

Quand on dit Algérie – Bénin, vous pensez à …

Un  match des années 90 que j’ai vu avec Jimmy Adjovi-Bocco d’un côté et Moussa Saib de l’autre côté.

La liste convoquée face au Bénin semble faire l’unanimité pour une fois en Algérie ?

Pour faire l’unanimité, il faut avoir des résultats. C’est vrai qu’au niveau des 23, de toute façon le périmètre des joueurs est connu. On connait à peu près les 30, 35 meilleurs joueurs algérien après il faut voir avec le championnat national, les meilleurs sont là évidemment. Certains sont revenus comme Sofiane Feghouli ou  Rais M’bolhi alors qu’ils étaient fâchés avec Rabah Madjer, le prédécesseur. Donc est ce qu’on peut dire que Belmadi est sur la bonne voie ? On peut dire qu’il a remis de la normalité et que maintenant il constitue un groupe avec lequel il va travailler. Cette Can 2019 est évidemment un objectif important pour l’Algérie parce que ça peut lui permettre de raccrocher le wagon  des meilleures équipes africaines mais avant ça il faut respecter le football. Se qualifier dans cette poule avec le Togo et le Bénin qu’il ne faut  absolument pas sous-estimer.

 En reconstruction, l’Algérie de Belmadi ressemble à quoi  ou va ressembler à quoi en terme de philosophie ?

C’est difficile de dire ce que l’Algérie de Belmadi a déjà une philosophie. Il a évolué en 4-3-3 ou 4-2-3-1 face à la Gambie. En tout cas c’est un entraîneur qui aime avoir le ballon, qui aime la possession. Après son principal chantier quand même c’est de retrouver un bloc et une assise défensive ce qui est aujourd’hui le problème de cette sélection algérienne parce qu’elle est un peu déséquilibrée. Ces meilleurs joueurs qualitativement sont dans les postes offensifs. Défensivement, elle est un peu plus en galère. Donc c’est un équilibre total. C’est sur cela dessus qu’on l’attend. Sa philosophie lui ressemble quand il était footballeur, une équipe qui joue au ballon.

La bonne opération pour les Fennecs sur cette double confrontation serait quoi ?

Minimum quatre points sur six. Trois points en Algérie et un match nul au Bénin. Mais je pense que l’objectif des algériens ça doit être les six points pour être qualifiés, être tranquille. C’est aussi l’état d’esprit de Belmadi aujourd’hui de jouer la gagne sur tous les matches. Ils ont besoin de gagner, ils ont besoin de résultats immédiats pour reprendre de la confiance. Et puis s’imposer à l’extérieur en Afrique cela n’a jamais été simple pour la sélection algérienne pour différentes raisons qui seraient trop long à énumérer ici. Mais aller faire un résultat au Bénin c’est très important.

Aujourd’hui la force de l’équipe de l’Algérie se résume aux individualités de Ryad Mahrez et Yacine Brahimi ?

Le problème des sélections africaines c’est que dès qu’elles ont des joueurs très connus souvent on se focalise sur eux. C’est  vrai que c’est le cas de l’Algérie avec Mahrez qui est un joueur très important en Angleterre, Brahimi qui est un joueur extrêmement doué. Après vous avez d’autres joueurs qui sont présents, Bentaleb … Ghoulam n’est pas là mais il joue à Naples. C’est souvent comme ça mais les CV ne suffisent pas en Afrique. Sinon ça serait trop facile et ça se saurait. On a vu beaucoup de sélections africaines avec des CV impressionnants, des générations dorées comme la Cote d’ivoire à une époque. Il faut sortir un peu de cette vision pour l’Algérie aussi et se dire que les individualités comme Brahimi ou Mahrez c’est la cerise sur le gâteau pour faire la différence. Ce qu’avait réussi Vahid Hallilodzic c’est de constituer un groupe, un bloc ensuite les individualités ont pu s’exprimer.

Quels sont les  béninois que les algériens connaissent ou craignent ?

Je pense que les joueurs algériens ne connaissent pas trop les joueurs du Bénin. Après peut-être qu’ils en connaissent certains qu’ils ont croisé en club.  On sait aussi que le Bénin a des joueurs qui ont été formés en France, il y a les binationaux. Donc il est possible qu’il y ait des liens d’amitié entre certains. A mon avis il y a eu certains qui ont dû se croiser dans les centres de formations en France. Sur le papier il y a des joueurs algériens qui jouent dans de meilleurs clubs que les béninois. Historiquement le joueur béninois qu’on connait, celui qui était un énorme talent c’est Stéphane Sèssegnon. Celui-là, évidemment on le connait parce qu’il est passé par le Paris Saint Germain, Montpellier. Il a une énorme qualité. Et rappelez-vous lors des qualifications de la coupe du monde 2014, l’Algérie et le Bénin se sont croisés à deux reprises. Certains ont quand même   une certaine connaissance du football béninois.

En cas de contre-performance Belmadi peut-il survivre en sachant Rabba Madjer a été viré au bout de quelques matches amicaux ?

Belmadi vient d’arriver donc il n’est absolument pas menacé. Il est là pour travailler sur du long terme. En cas de contre-performance ça se serait fâcheux pour lui. Ça mettrait un peu de pression pour cette qualification mais ce n’est pas du tout où un mauvais résultat scellerait son avenir. Ce n’est pas la logique de la fédération algérienne.

A quel type de match doit-on s’attendre le 12 octobre à Blida ?

On peut s’attendre à  une équipe d’Algérie qui va avoir le ballon qui va essayer de presser au haut , faire mal au Bénin et essayer de faire la différence le plus vite possible parce ce que les trois points en Algérie sont indispensables. Une équipe algérienne qui va essayer de faire « mal » au Bénin.

Entretien réalisé par Géraud Viwami