Inter : Koffi, Allagbé , la nouvelle génération de gardiens africains à l’assaut de l’Europe

Dans son blog hebdomadaire consacré au foot africain sur FranceFootball.fr, notre célèbre confrère Frank Simon a consacré un sujet aux gardiens africains qui sont passées de l’autre côté de ma méditerranée. Et parmi eux, un clin d’œil à Saturnin Allagbé recruté par Niort en provenance de l’Aspac à l’été 2014.
Souvent réputés fantasques (à tort), les gardiens africains ont dû attendre la fin des années 1990 pour avoir pleinement leur chance en Europe. On les retrouve aujourd’hui dans tous les grands Championnats du Vieux Continent. Mais que cette reconnaissance fut longue...

C’est certainement la première recrue du mercato d’été en France, mais pas vraiment le joueur le plus connu du paysage footballistique mondial. Révélation de la dernière Coupe d’Afrique des Nations dans le but burkinabè, Hervé Kouakou Koffi (20 ans) rejoindra en juin le LOSC. Spectaculaire et redoutable dans les un contre un, le joueur de l’ASEC d’Abidjan va connaître un bonheur partagé finalement par peu de monde dans sa corporation.

Cette arrivée, même dans la peau d’une doublure, honore la corporation des gardiens africains, longtemps brocardée et regardée de travers par les clubs européens, français en particulier. A une époque pas si lointaine, vanter le potentiel d’un gardien du continent auprès d’un coach français revenait à prêcher dans le désert, les entraîneurs préférant forcément un buteur venu du Sénégal ou du Mali à un gardien. Aucun ne s’y risquait, préférant faire confiance à un joueur formé à l’époque à l’INF Vichy.
Badou Zaki, le pionnier

Demandez donc à Brice Samba senior, le père de Brice Samba (Marseille), venu en France en 1992 après une CAN au Sénégal exceptionnelle. Après un essai fructueux (à Beauvais), il dut attendre huit ans avant d’avoir sa chance… à Pacy-sur-Eure, en National. Mais c’était déjà trop tard. Dans les années 1980, un seul Africain, le Marocain Badou Zaki, sacré Ballon d’or Africain France Football (1986), faisait office de pionnier. Badou régna en maître à Majorque, en Espagne, où il resta d’ailleurs de 1986 à 1992.

L’école des gardiens de but du Cameroun sut elle profiter du tremplin que représenta Thomas Nkono en 1982, lorsqu’il rejoignit l’Espanyol de Barcelone au sortir d’une Coupe du monde réussie. Derrière lui, son grand rival national Joseph-Antoine Bell se fit une place en France (Marseille, Toulon, Bordeaux, Saint-Etienne). Et leur cadet Jacques Songo’o attendit ses 25 ans pour être recruté par Metz.
Les années 1990 ont quand même vu l’éclosion en Europe de gardiens africains réputés.
Les années 1990 ont quand même vu l’éclosion en Europe de gardiens africains réputés. D’autres ont galéré, comme l’Ivoirien Alain Gouaméné. Il débarque à 23 ans à Lyon, mais il n’y aura jamais sa chance. Vainqueur de la CAN 1992 avec les Eléphants, “Alino” dut patienter jusqu’en 1995 et la petite trentaine pour s’imposer en France, au Téfécé. Plus près de nous, Kameni fit un passage éclair au Havre et à Saint-Etienne, mais c’est en Espagne que le champion olympique 2000 est devenu un joueur respecté. Didier Ovono (Gabon) a bourlingué en Europe, joué au Mans avant de rebondir en Belgique, à Ostende. Un pays qui a accueilli au début des années 2000 un autre portier ivoirien illustre, Copa Barry (Beveren puis Lokeren).

Le Championnat de France, aujourd’hui, compte une légende africaine vivante, le Nigérian Vincent Enyeama (Lille). D’autres que lui sont venus d’Afrique et ont connu des hauts et des bas, comme Tony Sylva (Sénégal), Kossi Agassa (Togo). Le jeune Béninois Saturnin Allagbé (Niort, L2), venu de l’AS Port Autonome de Cotonou, fait partie de la jeune génération talentueuse. Aura-t-il lui aussi la chance de goûter à l’élite européenne, comme le Ghanéen Kingson en Turquie, le Libérien Crayton en Suisse ou encore le Camerounais Andem au Portugal ? A lui comme à Koffi Kouakou, on souhaite du courage et surtout un mental de fer. Car le potentiel et les qualités naturelles sont là.
Source : Frank Simon , de FranceFootball