Football / D1- Interview exclusive avec Athanase Bocco, président des Requins : « Je suis pour une solution intermédiaire satisfaisante, sinon nous ne jouerons pas »

 

 

Un championnat sans un des 3 clubs les plus populaires au Bénin depuis plus de 30 ans, ce n’est jamais arrivé. Et pourtant, selon Athanase Bocco, c’est ce qui va se passer, car les Requins ne joueront pas en l’état actuel des choses, le championnat de Transition de D1. Explications.

 

Réalisée  par Aubay

 

Les Requins joueront-ils oui ou non le championnat de transition de D1 ?

Merci pour l’importance que vous m’accordez. Je vous dis d’entrée de jeu que les Requins ne joueront pas, simplement parce que nous nous sommes inscrits au championnat et avons fait preuve de bonne volonté. Mais tout ce qui a suivi ne convient pas. J’ai pourtant attendu que la situation soit claire et c’est d’ailleurs pour cela que je me suis rendu à la rencontre du jeudi dernier au siège de la fédération. Après cette rencontre, j’ai pris ma décision de ne pas jouer parce que rien n’est fait.

 

Quels sont les 3 ou 4 points les plus importants sur lesquels vous ne vous entendez pas avec la Fédération ?

Depuis mars 2010, nous avons décidé de transformer tous les clubs en entreprises ayant un conseil d’administration donc un Pca (Président du conseil d’administration). Ça veut dire que nous devons continuer dans la perfection et non régresser. C’est ma vision des choses. Je ne peux plus redescendre à l’amateurisme après avoir essayé un professionnalisme admiré de tous, même à l’étranger. Les textes sont clairs ensuite sur le nombre de clubs. Si on aujourd’hui on passe à 16 et que c’est approuvé en assemblée générale, moi je suis entièrement d’accord. 3e point, on a géré des joueurs qui gagnaient entre 120 et 250 mille francs cfa par mois (185 et 350 euros environs). Vous avez dû remarquer qu’ils ne passent plus de maisons en maisons pour demander de l’argent, ils ont acheté de belles motos. Vous voulez que je ramène ces enfants-là à 60 mille francs aujourd’hui ? Si les joueurs aveint un syndicat, que voulez-vous qui se passe ?

 

La suite de votre refus, quelle sera-t-elle ?

 

Il faut qu’on départage les choses. Le ministère n’a rien à avoir dans le championnat. Le ministère a juste à soutenir la fédération en finançant une partie du championnat. Maintenant, le ministère nous laisse aller jusqu’au bout et il se rendra compte qu’on va y arriver.

 

Le ministère a quand même rendu une décision que vous respectez. Avez-vous saisi le ministère ces derniers temps ?

Nous avons saisi le ministre avec des pétitions. Ce qui m’a choqué est que le ministre m’a lancé que la tenue d’une assemblée générale est inopportune. Mais après une crise de plus de dix mois, on ne peut pas dire ça. Moi j’avais prévu qu’à la prochaine assemblée générale, on bloque la porte et qu’on s’entende entre nous avant de sortir. C’était possible.

 

Face à des personnes qui ne vous écoutent pas, qu’arrivera-t-il ?

C’est simple ! Dans ce pays, lorsque vous ne respectez pas la Constitution, on va vers la cour constitutionnelle. De la même façon, nous irons devant les tribunaux si on ne peut pas trouver un terrain d’entente. Ou alors, je suis d’accord, il faut que les gens d’un certain âge de ce pays se réunissent avec nous pour qu’on discute. Je suis d’accord pour une solution intermédiaire qui puisse satisfaire les uns et les autres, sinon nous irons devant les tribunaux.

 

 

Les Requins, justement, on avait cru comprendre un éclatement du club en deux entités antagonistes…

J’ai demandé à la commission chargée de régler ce problème, si mon fils Steven pouvait me demander si Athanase Bocco est son père. Ce serait une aberration. Je leur ai dit de suivre le dossier qu’on leur a remis et de trancher. C’est comme un marché d’adjudication. Si les dossiers disent que les Requins appartiennent à Ajavon, vous les lui laissez. Au cas contraire, vous remettez le club à l’aile qui le revendique. Je puis vous dire que je n’ai pas fait de négociation. Au dernier moment on s’est entendus pour que la balle revienne à terre. Et j’ai d’ailleurs tenu à leur rappeler qu’ils ont oublié la déclaration commune faite au Novotel et soutenue par la Fifa qui demandait que les clubs soient transformés en entreprises. Ils appartenaient quand même à quelqu’un avant d’être transformés en entreprises. C’est donc le comité exécutif qui a créé cette situation pour tous les clubs afin de faire diversion. Voilà là où on en est aujourd’hui.

 

Vous pensez que c’est le comité exécutif de la fédération qui a créé cette situation-là ?

Bien sûr ! Je vous donne un petit exemple, nous sommes allés à Porto-Novo jeudi dernier. On pouvait ne pas y aller. C’est une fois là-bas qu’on nous distribue des règlements et qu’on nous dit que c’est quelques semaines après le début du championnat qu’on va convoquer une assemblée générale. Et de ne pas penser que ce sont les anciens 51 membres qui vont y prendre part, que d’autres vont s’y ajouter. Cela veut dire qu’il y a un objectif. C’est précis. On ne peut pas faire ça ! Nous n’allons pas de but-en-blanc chercher des clubs de divisions inférieures les amener en D1 et dire qu’ils sont professionnels. Vous voyez les tares que ça occasionne ?

 

Pensez-vous que l’esprit de la décision du ministre qui a voulu que le bureau soit reconnu et que l’autre partie soit impliquée dans les affaires du football, est travesti ?

D’abord je vais vous dire que quand j’ai rencontré le ministre je n’ai pas pipé mot. Maintenant, le ministre a promis devant moi que le championnat sera organisé par la ligue du football professionnel. Après cela, il a reconnu le comité exécutif. Il n’y a pas de problème. On parle de réconciliation, soyez honnêtes, la réconciliation passe par la justice pour en arriver à la paix. C’est ce que dit le Pape. Le minimum c’est de dire à la ligue professionnelle de continuer. Et là, les acteurs seront obligés de travailler ensemble, et là, c’est la meilleure réconciliation. Le comité exécutif n’a pas le droit d’organiser un championnat professionnel. Jusque-là, non. Quiconque n’a qu’à me dire le contraire.

 

Justement, c’est pour ça qu’on parle de championnat de transition…

Dans quel pays avez-vous déjà entendu un championnat de transition durer 15 journées à l’aller et 15 au retour ? Transition pour quoi faire ? Piper les dés ? Vous savez, je suis habitué à voir des arbitres officier pour faire tourner le cours d’un match. J’ai des exemples.

 

Passer de 14 à 16 clubs D1, pour vous, ce n’est pas un progrès ?

C’est sur la base des statuts et règlements adoptés en assemblée générale que nous nous sommes entendus sur le nombre de clubs. Et d’ailleurs, merci de m’en donner l’occasion. C’était dit qu’avec le temps on devrait revenir à 12 puis 10 clubs en Ligue1 et 8 en Ligue2. Ceci pour pouvoir supporter les frais. Parce que, détrompez-vous, un vrai championnat coûte cher. Par exemple, les Requins me coûtent plus de 5 millions par mois en masse salariale et d’entretien. Dans le même temps, vous voulez qu’on me donne 3 millions pour 9 mois de gestion ? Je ne vois pas là où je vais…

 

 

Dans ce cas, que vont devenir les joueurs ?

Non, soyez tranquille. Je peux vous dire que j’ai un budget prévisionnel et que j’ai déjà les fonds en ma possession. C’est une question de temps. Je dois voir mon entraîneur pour qu’il me mette sur pieds une équipe. Mais si nous ne réglons pas les problèmes de fond, comment on peut avancer ? Regardez à combien de jours du championnat le comité exécutif me dit que je suis le responsable des Requins…

 

Les délais sont trop courts ?

Alors ! Quand vais-je mettre mon équipe sur pieds ? Ma décision n’exclut pas le fait que je dois mettre mon équipe sur pieds. On est en train de travailler avec ma coordination pour que l’équipe soit sur pieds.

 

Votre coordination, justement, parlons-en. On a appris qu’il y a eu de gros problèmes en son sein…

Vous savez, c’est l’occasion de rendre hommage à mes deux frères Ada Euloge et Adjovi Joachim. Un jour, un journaliste a dit que notre club est l’équipe la mieux gérée du pays en ce moment. Chaque salarié a un compte bancaire et on tient des bilans mensuels à jour. Sur le plan de la discipline, nous avons été l’équipe qui a le plus sanctionné des joueurs. Des gens nous ont décriés, mais pourquoi aujourd’hui tous revendiquent la paternité des Requins ? Il y a encore beaucoup de poissons dans la mer ! Ils peuvent aussi créer des équipes et les appeler Baleines, Dauphins etc. Je ne vois pas pourquoi ce sont les Requins qui intéressent tout le monde.