Entretien exclusif avec Rudy Gestede « La sélection nationale a besoin de stabilité »

Auteur de 16 buts toutes compétitions confondues avec Blackburn Rovers, Rudy Gestede est l’attaquant béninois le plus prolifique cette saison. Dans un entretien exclusif qu’il nous a accordé, l’international béninois nous parle de sa saison chez les Rovers, ses ambitions en club, son départ de Metz et porte un regard sur les Ecureuils. Entretien.

Tu as déjà claqué 16 buts toutes compétitions confondues cette saison, on peut dire que ta saison est déjà réussie ?

Euh oui sur le plan personnel je suis satisfait de ma saison. J’ai été plutôt régulier dans mes performances, avec toutes les spéculations qu’il y a eu en janvier ça m’a un peu freiné, j’ai moins joué depuis la reprise. Donc dans mes statistiques ça joue également. Sinon je suis satisfait et je peux faire mieux je pourrai mettre quelques buts en plus, on aurait eu de meilleurs résultats, personnellement c’est saison pleine.

Donc on peut dire que tu as atteint tes objectifs de départ sur la saison ?

Je ne me suis pas fixé d’objectifs au départ de la saison, je n’aime pas faire ça, après ça peut te faire déjouer. Après chaque match j’analyse ce que j’ai fait et ce que je suis capable de mieux faire. Je n’avais pas forcement d’objectifs en terme de buts donc j’aurai pu marquer plus. Il reste sept matches je peux encore en mettre. On fera le bilan à la fin de la saison.

Vous êtes actuellement dixième avec Blackburn, c’est presque fini pour accrocher une place qualificative pour les play off de la montée, à ton avis, il vous a manqué quoi pour tutoyer les sommets cette saison ?

On a eu quelques mauvais résultats contre des équipes de bas de tableau. Et dans cette division contre les équipes « inférieures » il faut prendre des points malheureusement nous ne l’avons pas fait sur certaines rencontres. On a eu pourtant de bons résultats contre les équipes du haut de tableau mais il faut être constant et on ne l’a pas été, en tout cas pas assez. Mais mathématiquement ce n’est pas encore fini, le football est fait de rebondissements et on peut toujours créer la surprise.

Personnellement tu as déjà connu la Premiere League avec Cardiff et lors du dernier mercato en janvier tu as été sollicité par des clubs de première division anglaise, alors est-ce que ce sera ta priorité la saison prochaine de retrouver l’élite anglaise ?

Avec Cardiff je n’ai pas forcement eu la chance de prouver ce que je valais, j’ai dû aller à Blackburn pour avoir du temps de jeu, ça se passe plutôt bien ici. En janvier il y a eu beaucoup de spéculations, des clubs intéressés, des offres qui ont été faites, que Blackburn a refusé. C’est la loi de l’offre et de la demande après l’employeur a le dernier mot. On verra ce qui se passe au prochain mercato.

Revenons un peu sur ton choix de carrière, en 2011 tu as choisi de quitter la France pour tenter l’expérience en Angleterre et tu as atterrit à Cardiff alors qu’est ce qui t’as motivé à traverser la manche sachant que ce n’était un championnat facile ?

J’avais déjà quelques matches professionnels dans les jambes, c’était un choix de carrière. J’avais envie de changer d’air, ça ne s’est pas bien passé pour moi en dehors de l’aspect sportif avec Metz dans ma dernière année. Je voulais vraiment partir voir autre chose, bouger. J’ai fais le choix avec mon agent de nous orienter vers l’Angleterre, c’est un championnat que j’apprécie. J’ai eu la chance d’avoir plusieurs propositions pour faire des essais j’ai choisi Cardiff qui était en train de se reconstruire avec un nouveau propriétaire qui mettait les moyens pour réussir. Et ça s’est avéré payant puisque la première année nous sommes en finale de la Carling Cup et la deuxième on est monté en première division. C’était deux années fructueuses qui m’ont permis de gagner en expérience et m’améliorer. C’est un choix de carrière que je ne regrette pas.

Tu suis toujours Metz, ça ne vas pas très fort pour eux en ligue 1 actuellement, ils sont sous la menace de la relégation ?

Oui, je suis un peu les résultats, même si sur ma dernière année çà ne s’est pas bien passé avec la direction.J’ai toujours de l’affection pour le club, surtout pour le centre et les gens qui y travaillent. Cette année en ligue 1 c’est compliqué pour eux sachant qu’ils sortent de deux très belles années en National et en ligue 2, la ligue 1 c’est un autre niveau. Ils pensaient surement qu’en gardant les mêmes joueurs avec quelques renforts ça irait. C’est toujours compliqué aussi de recruter parce qu’on ne sait pas trop ce que cela va donner au niveau rendement. C’est regrettable maintenant il y a de la qualité avec les jeunes je les connais depuis le centre de formation, ils sont capables de faire de belles choses, j’espère pour eux qu’ils vont montrer un meilleur visage sur les derniers matches et pouvoir se sauver.

En parlant de Ligue 1, on peut imaginer un retour en France ou même à Metz ?

Il ne faut jamais dire jamais mais reporter le maillot de Metz, je ne pense pas. Revenir en ligue 1 pourquoi pas si c’est un challenge sportif, une bonne chose pour ma famille et moi, oui ça peut être intéressant. Mais il y a certaines conditions à respecter. Je suis bien en Angleterre et j’espère y rester un peu plus longtemps et évoluer en Premiere League. La ligue 1 ce n’est pas l’objectif numéro un, si c’est bonne opportunité j’y réfléchirai.

Est-ce qu’il y a un club qui te fait rêver ou dont tu rêves de porter les couleurs ?

J’ai eu des périodes étant plus jeune avec des clubs que j’appréciais davantage, Arsenal, Manchester United et le Real Madrid. J’aime bien les clubs de Premiere League mais je n’ai pas un club qui me donne plus envie que l’autre.

Parlons des Ecureuils, comment tu as rejoint le Bénin, tu es né français, avec des origines américaines également, l’ex sélectionneur des Ecureuils Jean Marc Nobilo parlait de toi comme un joueur sélectionnable en 2010, finalement c’est sous Manuel Amoros en mars 2013 que tu as rejoint les Ecureuils, comment cela est arrivé finalement ?

Effectivement j’avais parlé avec Nobilo, je lui avais fait comprendre à l’époque que j’étais encore en pleine réflexion. Ce n’était pas un challenge que je refusais mais j’avais d’autres opportunités, je ne savais pas encore où j’en étais. Ensuite j’étais en contact avec les Etats-Unis également. A un moment donné fallait choisir et j’ai choisi le Benin. J’ai parlé avec certains joueurs dont Reda Johnson qui est un ami proche qui m’a conseillé de venir, qu’il y avait une jeune équipe avec un potentiel important. Ensuite j’ai été contacté par Manuel Amoros et les dirigeants, je suis venu en sélection et je ne regrette pas, j’ai pris énormément de plaisir à chaque fois.

Si tu devais nous faire l’histoire sur tes origines béninoises ?

C’est ma c’est ma grande- mère qui est moitié béninoise et l’autre moitié française. Son père Joseph Quenum était béninois donc c’est par elle que je j’ai des origines béninoises.

En mars 2013 tu as connu ta première sélection contre l’Algérie, l’intégration dans le groupe comment as-tu vécu cette première à l’époque ?

J’ai été intégré assez rapidement, les autres joueurs ont été sympa avec moi pour que je me sente bien dès le départ, le coach aussi. C’était une bonne expérience, première sélection, premier but même si on perd ce match c’était un beau souvenir.

On dit plutôt que vous avez assuré votre bizutage ?

Il y avait une petite chanson à faire avec une danse, ce n’était pas compliqué, c’était un bon moment.

Sur le plan résultat c’est plutôt négatif, avec les éliminations lors des campagnes de qualifications pour les Can 2013 et 2015, vu de l’intérieur, selon toi il manque quoi aux Ecureuils pour faire des performances ?

Je pense qu’on a besoin de stabilité, à chaque rassemblement il y a de nouveaux joueurs. C’est compliqué de créer un groupe dans cette situation. On a aussi besoin de faire les matches amicaux, malheureusement sur certaines dates Fifa rien n’est organisé. Je pense qu’il faut améliorer l’organisation, la logistique autour de l’équipe pendant les rassemblements. La fédération vient d’être dissoute, je ne sais pas ce qui se passe réellement entre le ministère et la fédération mais en tant que joueur, je pense que nous avons besoin de plus de stabilité et de meilleures conditions.

Ton meilleur souvenir en sélection, bon comme mauvais?

Le premier je dirai, l’hôtel lors de la première sélection à domicile à Porto-Novo, contre l’Algérie, ce n’était pas du tout la qualité. Le deuxième c’est un bon, toujours Porto, mon premier but devant les supporters. Mis à part les conditions, je suis heureux de revenir à chaque fois et de voir mes amis et retourner au pays.

Parmi les jeunes joueurs que tu as croisé en sélection, pour un joueur qui a été formé en France et qui s’impose en Angleterre quel est ton regard sur le niveau de ces jeunes joueurs locaux ?

Il y en a des joueurs de qualités, je pense notamment à William Dassagaté, un super joueur. Après le problème c’est qu’on les voit une fois et après on ne les revoit plus. Il faut la stabilité pour qu’eux puisse s’améliorer et qu’on crée un groupe. Il faut penser aussi à améliorer les conditions de travail des joueurs locaux. Il y a beaucoup de choses à faire pour le football béninois. L’Etat doit permettre d’améliorer les conditions des éducateurs et plus. La qualité est là mais l’encadrement fait défaut.

Et si tu devais conclure cet entretien ?

Je suis impatient de revenir en sélection pourvu que tous les problèmes extra sportifs soient réglés assez rapidement parce que ça pénalise la sélection. Les dirigeants doivent penser à nous. Nous sommes assez critiqués mais les conditions plaident parfois en notre défaveur. Il faut régler les problèmes en le ministère et la fédération que ça nous pénalise pas. Il faut que tout le monde travaille pour l’intérêt de la sélection et invite de penser aux intérêts personnels.

Entretien réalisé par Géraud Viwami

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