Interview exclusive / Le ministre Didier Akplogan et la crise du football béninois

 

 

Après quelques semaines à la tête du département ministériel de la jeunesse, des sports et des loisirs, le nouveau ministre Didier Akplogan, arrivé en pleine crise du football béninois a bien voulu s’ouvrir à l’Autre Quotidien sur sa politique et sa vision des questions du sport, de la jeunesse et des loisirs. Il apporte des éclairages sur la gestion de la crise du football, sans langue de bois.

 (extraits)

Parlant de la crise du football, quels sont vos sentiments  par rapport à cette crise qui paralyse le sport-roi et comment envisagez-vous régler cette cacophonie, pour éviter le gaspillage des énergies et de l’amour du public pour le football?

Avant d’aborder la crise, je voudrais poser des principes, des bases. Le premier est que je suis ministre de la jeunesse des sports et des loisirs. Je ne suis pas que ministre des sports, même si je faisais abstraction du reste, et que je suis ministre des sports uniquement, aujourd’hui j’ai 22 fédérations à gérer, et le football n’est qu’une discipline. Et si j’avais décidé de faire abstraction des 21 autres disciplines pour ne retenir que le football…Si je n’étais que ministre du football, rien que dans le football, j’ai celui des jeunes, des femmes, des étudiants, des militaires à gérer ainsi que les infrastructures sportives. Il y a un paquet de choses dans le foot. Donc la fédération de football, est très importante. Mais je n’ai pas que ça à faire, je vais lui consacrer le temps qu’il faut mais  cela n’occupera pas l’essentiel de mon temps et n’occultera pas  les autres fédérations qui ont aussi besoin d’attentions. Ceci dit, mon choix n’est pas d’ignorer la crise qui secoue le foot. Et le foot ne peut pas se développer dans la crise. D’entrée, je vous dis que moi je ne suis pas juge, je ne suis pas magistrat. Donc je ne peux pas juger de qui a raison ou non. Et je réalise aujourd’hui que c’est ce que les gens attendent de moi et ils n’auront pas ça de moi. Et même s’il y a eu des fautes à des endroits, il y a des personnes compétentes pour décider dans notre pays. Le pouvoir judiciaire est séparé de l’exécutif. Les fédérations sont des associations régies par la loi 1901. Elles ont leurs règles bien précises, il existe également des structures faîtières, comme la Caf et la Fifa pour le foot qui ont leurs principes et méthodes. Nous avons le devoir de faire un certain nombre de choses qui permettent de concorder pour y arriver. Aujourd’hui s’ils ont un conflit, qu’ils règlent ça entre eux, qu’ils aillent aux tribunaux, à la Caf et la Fifa s’ils le veulent. Mais nous avons le droit de veiller à l’ordre public. Tant qu’ils n’ont pas troublé l’ordre public nous n’intervenons pas. Je veux dire que le fond de la question est en cours d’analyse, que le TAS statue. Tout ce que nous voulons, c’est que le football se poursuive dans le sens du progrès, c’est qu’il n’y ait plus de bruits, qu’on puisse se donner la main. Nous voulons que les deux parties puissent se parler afin que nous ayons un seul championnat et que les jeunes qui sont derrière, nous puissions les former, et leur présenter le bon exemple. Il faut qu’on puisse libérer, dégager le terrain.

Mais est-ce que vous vous sentez soutenu dans cette action de réconciliation des deux parties que beaucoup de choses divisent ? Avez-vous des appuis parce que tout seul ce n’est pas évident?

Il n’y a pas de langue de bois, je suis ouvert. J’ai rencontré les parties protagonistes, les extrémistes et les modérés. Je crois que les têtes de pont ne sont pas des extrémistes. Donc nous avons engagé les discussions. Et vous savez dans les négociations, il y a toujours les moments où certains bluffent, ou intimident, certains utilisent, à profit, ce moment pour qu’on puisse avancer. Mais toujours est-il qu’il y a des personnes solides sur lesquelles on peut compter dans la négociation. Parce que j’aurais souhaité, qu’on trouve une solution interne plutôt que de nous battre à l’international. Et j’ai eu d’autres initiatives venant de joueurs, d’enfants, de personnes de certains niveaux qui pensent exactement comme l’Etat, et qui vont nous aider à trouver des solutions. Mais il faut qu’on y aille vite parce qu’on n’a pas beaucoup de temps.

 

 « Je ne laisserai jamais faire deux championnats, ni deux fédérations dans notre pays »

Vous n’êtes pas pour deux championnats, le pays doit-il attendre indéfiniment que les dirigeants règlent leurs contradictions ?

Il faut clarifier certaines choses, on dit que le ministre a interdit les championnats et fermer les stades. Je n’ai pas eu besoin de faire ça. Des deux parties, il y en a une qui a nommé un directeur de ligue ; ils ont initié des championnats, ce que j’ai découvert dans la presse. Ils ont oublié que le ministère des sports existait, que l’Etat pouvait contribuer d’une manière ou d’une autre. C’est quand ils ont buté sur les portes fermées des stades, qu’ils ont trouvé la nécessité de nous adresser des courriers pour annoncer la reprise des championnats. Mais je vous invite à aller voir l’état des stades. Nous venons de récupérer le stade René Pleven d’Akpakpa, quand il pleut la pelouse est impraticable. Donc un peu partout c’est comme ça. Nous avons besoin de travailler sur les infrastructures. Moi, personnellement, je ne laisserai jamais faire deux championnats, ni deux fédérations dans notre pays. Mais toujours est-il que si quelqu’un essaye de faire obstacle à la réconciliation nous nous opposerons à la personne.

 

On reproche au gouvernement de trop investir dans le football qui déçoit  évidement ; pensez-vous investir dans les autres  « petites » disciplines qui parfois ramènent plus de résultats, comme les handballeurs qui ont récemment été médaillé de bronze en Inde et qui sont en partance pour la Grèce ?

Le handball n’est pas une petite discipline, il n’y a pas de petite de discipline. Seulement que le football a pris de l’avance en s’imposant chez le public, c’est le sport-roi. Dans notre pays c’est le sport qui a le plus vite avancé. Alors je ne vais pas dire qu’il y a trop d’argent dans le foot, il n’y a pas assez d’argent dans le sport. Et malgré tout ce qu’on investit, cela ne suffit pas pour développer le foot. Même si en évaluant l’effort financier de l’Etat, on doit reconnaître qu’il a assez fait. Il faut aussi féliciter ceux qui ont apporté des moyens. Je pense à  Sébastien Ajavon, qui a boosté le foot. Il faut féliciter Moucharafou Anjorin et les autres. Ils ont tous fait ce qu’ils peuvent. Aujourd’hui je pense qu’il faut trouver avec l’Etat le moyen de s’entendre pour mieux faire. Nous avons environ 0.4 % du budget national  au ministère des sports. Il faut trouver le moyen d’élever jusqu’à 1%  pour relever le foot et les autres disciplines. Maintenant il y a les ressources additionnelles qu’il faut redistribuer. Ces ressources, on peut les trouver auprès de tous les organismes qui investissent dans la jeunesse et les sports.

 

« Nous n’avons pas peur des instances internationales »

En septembre prochain les Ecureuils jouent le Burundi, comment pensez-vous régler la question de la direction technique nationale ?

Vous voulez me pousser à dévoiler les plans que nous avons ! Et nous ne pouvons pas avancer à visage découvert, à cause de la crise de la fédération de foot, parce que nous ne voulons pas griller ces plans. On ne peut pas choisir quelqu’un sans qu’il ne plaise ou déplaise à l’autre. Et il y a un ensemble d’éléments qui font que nous sommes obligés d’anticiper. Nous pensons à des solutions qui sont en cours et que nous ferons accepter au moment opportun aux acteurs du foot s’ils arrivent à se réconcilier. Ils nous ont aussi proposé des plans qu’on a rejetés. Il faut être honnête, les deux matches restants dans les éliminatoires ne sont pas fondamentaux. On ne compte pas sur ses matches pour aller à la Can, on joue par fair-play. Le Bénin va jouer ses matches pour respecter ses engagements, pour ne pas être lâche. On n’a plus de chance de se qualifier, mais nous allons jouer sans y consacrer énormément de moyens. Nous mettrons juste le nécessaire qu’il faut. La Can 2013, n’est pas très loin, la préparation va commencer début 2012, donc si nous n’anticipons pas, nous aurons la tête dans l’eau. Mais tout ceci passe par une solution à la crise, et sans douleur. Nous n’avons pas peur des instances internationales.

 

 

 

Auteur : Rolland

journaliste sportif...

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